Fin

Le maître s’est trompé: « La bêtise, c’est de conclure », a-t-il affirmé de façon péremptoire et définitive. Il a établi pour un siècle qu’il est inélégant, voire fâcheux de mettre un terme à une entreprise, notamment intellectuelle et littéraire. 

Or, à la fin du vingtième siècle, une célèbre collection de livres pour enfants éleva soudain le soupçon et affirma, dubitative: « Et si c’était par la fin que tout commençait… ». Alors, sautons le pas et suivons la maxime enfantine plutôt que l’ermite de Croisset.

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Si c’était par la fin que tout commençait, 

On préférerait Constantinople à Yvetot,  

On délaisserait Rouen pour Gibraltar,

On connaîtrait mieux Abidjan que Paris.

 

Si c’était par la fin que tout commençait,

On aimerait les lettres plus que la politique

On laisserait la guerre pour ouvrir Canetti 

 

On lirait tous les livres du monde

Et parfois même, un blog ou deux.

On oublierait les gens sérieux,

On tiendrait à distance les ondes.

 

Si c’était par la fin que tout commençait,

On tournerait le dos à Hercule

On serrerait la main à Métis.

 

La maison blanche

Une ville en cinq lettres dont le début siffle et qui se termine par a peut être soit espagnole soit marocaine selon la capitale d’où on la regarde, car certaines villes ont un nom qui change d’un côté ou de l’autre de la frontière qui les borde. Il en est ainsi de Jérusalem qui n’a pas grand chose à voir avec Al Qods. Il en est de même de Constantine et de Philippeville ou d’Istanbul qui a pu, selon l’époque et au gré de ses maîtres successifs, être Constantinople ou Byzance. D’autres cités n’ont pas de nom ou un nom que l’on refuse, délibérément,  par conviction ou par habitude, de prononcer quelle qu’en soit la nécessité.

De ce point de vue, au Maroc, la ville-frontière de « Ceuta » n’existe pas . A Casablanca ou à Fès, prononcez le nom de cette cité du nord et vous n’aurez, en retour, qu’une mine surprise et dubitative. Sebta, blessure dans l’amour-propre national, est la seule connue. Malgré les milliers d’aller-retours quotidiens de vendeurs improvisés qui importent cocottes-minute, radio-réveils ou ventilateurs, la ville de Ceuta-Sebta n’existe pas vraiment. Des migrants attendent en groupe la possibilité de gagner l’Europe. Des touristes viennent refaire leur passeport. Mais, somme toute, la petite bourgade est endormie. Ses palmiers, ses statues d’Hercule et son front de mer appartiennent toujours au passé ou à l’avenir: la ville n’a pas de présent. La frontière matérielle est poreuse mais la frontière intellectuelle est étanche et ferme l’horizon.

Tout se passe comme si la gigantesque capitale économique du Maroc portait dans son nom la même ambiguïté que cette garnison d’opérette. Casablanca aussi tient son nom de l’Espagne. Le nom arabe Dar El Beida se distingue très nettement du nom espagnol. Dans l’usage courant, aucun des deux noms ne l’emporte sur l’autre. Un point est sûr cependant: le nom français « Maison blanche » ne désigne jamais la capitale marocaine. L’usage est, pour l’heure, consacré à une institution américaine. Il ne saurait y avoir deux maisons blanches.

Il n’y a pas de race alienne

Après un départ précipité pour un rendez-vous nécessaire, je me hâte et le taxi s’impose. Il permet de découvrir des lieux imprévus et des chemins détournés, où les seuls pas ne pourraient conduire. Distraitement, mes yeux traînent le long des murs blanchis: « il n’y a pas de race alienne ». Le jeu de mots est habile et érudit: il rappelle à la fois l’histoire et le cinéma. L’exclamation apparaît, rebelle et assurée; elle est inscrite en lettres capitales vert foncé sur une façade de Casablanca. Puis, la voiture roule et laisse derrière elle l’inscription éphémère.

Rentrée à la maison, je retrouve, plié dans l’armoire, un tee-shirt rouge à manches trois quarts oublié, offert lors d’une fête de l’Humanité française et qui affirme dans une police élégante « il n’y a pas d’étranger sur cette terre ». La revendication est politique et militante: elle est directe et nette, sans ambivalence ni contrepèterie.

Les deux formules sont infiniment morales et nécessaires. Elles rassurent et tranquillisent. Elles font se sentir moins seul, comme ces consolantes cartes postales qui montrent des évidences et dont on a besoin.

De quelle aliénation parle l’inscription casablancaise ? Et quelle étrangeté le slogan politique désigne-t-il? Etrangers à un pays, à une nation ou au monde en général, aliens et aliénés peuplent la littérature et la philosophie. De Camus à Baudelaire, l’art est peuplé d’étrangers.

Mais les murs et les tee-shirts ne sont pas des pages blanches. Sens propre ou sens figuré, la forme courte ne tranche pas: l’ambiguïté prévaut. Elève Martin, élève Moha, bon travail mais précisez votre pensée, s’il vous plaît.

 

 

 

 

 

Le clandestin

Vibrante et rauque, la sirène avait retenti dans le port de Tanger avant que le personnel n’ouvrît une à une les différentes cales du ferry qui arrivait de Gibraltar. Les moteurs alors  vrombirent, les gaz d’échappement remplirent les soutes et l’arrivée au grand air dans l’une des interminables files d’attente des douanes sembla pour tous une véritable bénédiction.

Le soleil sur le port, les reflets irisés de l’eau et la blancheur des murs annonçaient le début de l’Afrique.  Assis sagement dans des véhicules trop chargés, passagers et conducteurs attendaient patiemment l’obtention du papier vert qui seul permettait la circulation au Maroc. Souvent Marocains résidant à l’étranger, touristes européens, Africains en partance pour la Mauritanie, ils avaient conduit des heures, depuis la Belgique, la France, l’Italie, le Danemark parfois, s’étaient relayés et avaient enfin atteint le port. Quelques mètres seulement séparaient camions et voitures des guérites des douaniers. Ce n’était plus une suite d’hommes mais une immense machine de métal qui se disloquerait dès la frontière franchie.

Et soudain, comme tombé du gigantesque mur qui sépare la ville du port Tanger-Med, une petite silhouette, des cheveux épais bouclés, un nez droit, des yeux hagards surgissent du béton. Un jeune garçon svelte et gracile regarde à gauche, puis à droite et s’élance. Il saute par-dessus les voitures et file vers les ferrys. On aurait pu l’imaginer, un instant, mendiant ou pickpocket, mais, sans un regard pour la foule des immigrés descendus  au pays pour les vacances, il se jette dans la mer et la clandestinité. Soudain, il disparait: il a sans doute réussi. Il est déjà un apatride mais pas encore un réfugié. Il est ce petit morceau d’humanité qui soudain, sans prévenir, surgit dans la mécanique.

Et elle sait tout, Léa Seydoux ?

Léa, elle est pas…

D’abord, il y avait eu une chanson, lancinante et nihiliste, qui avait transformé trois lettres en l’un des derniers grands succès populaires de la fin du vingtième siècle. On avait appris la chanson, on l’avait fredonnée et oubliée.

Et puis, on avait découvert Arléa l’éditeur de Saint-Germain-des-Prés qui existait depuis vingt ans mais dont on avait lu les traductions toutes neuves avec un plaisir opportunément renouvelé, à l’âge où s’empilent parfois les thèmes et les versions.

Mais un jour, elle était apparue sur l’écran noir. Très  différente de la vilaine soeur décrite dans la Bible, sans rapport avec le disgracieux faire-valoir de la belle Rachel, Léa surgissait, magnifique, blonde et altière, dans ses grands pulls côtelés. Des airs d’Anna Karina et de Romy Schneider rehaussaient un teint à la froideur glaciale.

On disait d’elle qu’elle ne savait pas tout mais, d’elle, on ne savait pas tout. Nul ne pouvait répondre à la question: « Léa, c’est d’ou? ».

Alors, les mauvaises langues la jugeaient plus sévèrement que bien d’autres mythes du cinéma français.

Africaine d’élection et parisienne de naissance, elle choisissait ses rôles sur d’élégants canapés tendus de velours vert mais les interprétait avec la rudesse et le tranchant d’une lame.

Elle vivait entre la Goutte d’Or et Gorée. Avec aisance, elle arpentait les marchés du dix-huitième arrondissement et du Sénégal comme d’autres les grands magasins. Elle devait pour cela être soit très riche ou soit très désargentée, peu importait.

Elle portait le wax comme personne. Son jeu et sa diction étaient inimitables.

Elle était Léa, c’est tout.

Comment peut-on être Européen ?

Qu’on le nomme autoportrait, égoportrait ou sefie, peu importe. Il en va des manières de se représenter comme des peintures de fleurs: mille techniques et coloris sont possibles mais l’idée ne peut être qu’unique.

Dès lors, le portrait de ce que serait un Européen, non au passé, fils de l’histoire, mais à l’avenir, projet et ambition, pourrait être multiple. Est européen le banquier qui passe de pays en pays au gré des échanges économiques et financiers ou le soldat qui sert au Kosovo ou en Afghanistan. Est européen le commerçant qui parle trois langues d’Europe. Est européen le fonctionnaire qui fils d’une mère italienne et d’un père hollandais en est fier et le revendique. Il l’est aussi, européen, l’étudiant qui vit à Bruxelles et étudie au Collège de Bruges.  Il ne l’est pas moins l’écrivain qui se sent étranger quand il atterrit à New York ou, qui, comme Zweig, né à Vienne, ne peut s’adapter au Brésil.

Mais la définition, ce qui fixe la limite entre ce qui est et ce qui n’est pas, n’est pas plurielle: un Européen est peut-être aussi cette inéluctable conscience, cette petite bonne part  qui est incontournable et qui rappelle l’homme à la raison.

On allume la télévision, on ouvre un journal, on parcourt internet et toujours les images effrayantes de ces hommes qui voulaient être Européens défilent. Quelques cadavres de plus en Méditerrannée et l’idée d’Europe s’effrite davantage. Les guerres franco-allemandes ont moins  défait l’idée d’Europe que ces chimères et chaloupes qui, chaque jour, chavirent.

Alors, on relit Montesquieu. On laisse sa canne à selfie de côté et on prend un miroir. C’est dans le miroir que l’on saura enfin ce qu’est être Européen. A Paris, à l’Institut du monde arabe, une exposition se tient sur les jardins d’Orient. Taj Mahal, jardins suspendus de Babylone et jardin Majorelle évoquent les différentes formes du paradis quand les sous-sols sombres et caverneux rappellent, comme un sourd reproche, la douloureuse, la violente, la silencieuse question des réfugiés.

Et c’est cela être Européen: prendre un miroir et voir apparaître, grinçante et terrible, l’image muette d’un homme qui a seulement voulu traverser la mer.

Une tache bleue en bas du dos

Il s’agit d’une toute petite tache située en bas du dos: pas de celui des danseuses de revues ou des mannequins élégamment tatoués ni de celui d’un sportif blessé à l’entraînement mais de ce tout petit dos si doux et si duveteux du nouveau né. Ni bleuâtre, ni tout à fait jaune ou verte, mais bien reconnaissable toutefois, la tache est à peine visible si l’on en ignore l’existence. Mais dès qu’on l’aperçoit, la frayeur se fait jour. Qui a pincé le nourrisson ? Quel coin a maculé le dos de l’innocent ?

Dès lors, on se renseigne, on appelle mères et grands-mères. On enquête, on incrimine la nounou ou le mari.  On parcourt articles et revues.  On cherche si Amélie Nothomb ou Marie Darrieusecq auraient, par hasard, laissé tomber quelques mots sur le sujet.  La réponse est négative. On attend le rendez-vous du pédiatre qui, seul saura résoudre cet épineux problème et la réponse tombe, nette et précise, scientifique. Le tout-petit n’a subi ni inadvertance, ni sévice. Nulle maltraitance, nulle négligence n’est à déplorer. La tache n’a pas disparu et point n’est besoin qu’elle disparaisse.

La tache en bleue en bas du dos du bébé est une tache sacrée parce qu’elle est située sur le sacrum mais aussi parce qu’elle a, en elle, quelque chose qui vient de Dieu.  Ce point bleu-vert en bas du dos se nomme tache d’Attila ou tache mongoloïde et on l’attribue aux invasions barbares en Europe. Les enfants d’Asie et de Méditerranée seraient ainsi naturellement tatoués et perdraient cette tache vers l’âge de deux ans. Elle serait la trace d’un ancien métissage et est présente sur près de neuf enfants sur dix à la naissance.

Pour amusante et peu scientifique que soit cette explication qui a le tort impardonnable d’ethniciser la médecine, la tache bleue en bas du dos est une tache magnifique qui rattache celui qui la porte ni aux Huns, ni aux Tatares mais bien plutôt à l’humanité tout entière.

De la liberté et de la tolérance

A Agadir, comme un peu plus tôt à Hammamet, se tient régulièrement un concert pour la tolérance. L’événement a lieu tous les ans: il trouve sa place au Maroc. Comme tous les festivals musicaux marocains de création récente, il reprend la vieille tradition festive des moussems. Du lien social, du rythme, du commerce, le festival est ce moussem moderne auquel la jeunesse peut participer sans honte.

A Agadir, contrairement à Essaouira ou Fès, la vraie nouveauté n’est pas dans la chose mais dans les mots. L’innovation est lexicale: le concert n’est ni classique, ni rock. Le concert se trouve tout entier dédié à ce que l’on pourrait, à tort, considérer comme un moins-disant démocratique, la tolérance. Si le concert avait lieu en Europe, il serait a minima « concert du vivre-ensemble », peut-être « concert de l’amitié » et au mieux « concert de la tolérance ».
Mais la tolérance, pardi, depuis Henri IV, la notion a mauvaise presse et même parfois mauvaise conscience. Tolérer, n’est-ce pas accepter à regret ou, en quelque sorte, faire contre mauvaise fortune bon coeur ?

Constantin en avait déjà fait l’amère constatation. Face à la masse croissante des nouveaux chrétiens, il préféra procéder à un Edit de tolérance. On sait ce qu’il advint d’Henri IV . Et Gide s’est ouvert crûment de son aversion pour une notion qui, selon lui, confinait au proxénétisme.

La tolérance est cette concession obligée d’un pouvoir politique à la réalité des faits. Tolérer, c’est accepter à regret l’épreuve du réel. La liberté est au contraire un idéal inaccessible, cette ligne d’horizon qui recule chaque fois qu’on croit l’approcher, ce bout du chemin de la révolution. Dans les dictionnaires et les encyclopédies, la liberté est mille fois supérieure à la tolérance; dans les livres d’histoire et les atlas, la tolérance a toujours constitué un grand progrès quand la liberté se faisait cimetière de rêves.

Les démocraties avancées ont besoin de petits pas plus que de grands bonds, d’avancées du quotidien plus que de lendemains qui chantent. Elles peuvent prendre exemple sur leurs vieilles cousines politiques et, sans cesser d’être elles-mêmes, préférer enfin la tolérance à la liberté.

La marinière

Il n’est pas question d’une  vieille matrone qui pratique en famille le cabotage sur les canaux et laisse mitonner sur le feu une soupe à l’anguille fumante. Véhicules de  tourisme ou habitations excentriques, les péniches qui arpentent la Seine et la Marne se font rares et ne transportent plus ni colis, ni marchandises.

Il n’est pas question non plus de politique: l’actualité se fait bien trop pressante. On ne parle pas de cinéma ni de littérature. Les starlettes des années cinquante qui la portaient sont oubliées.  L’image de la Patricia d’A bout de souffle s’estompe peu à peu. Marguerite Duras a laissé sa casaque devant les Roches Noires sur les planches de Trouville. Cela fait bien longtemps que Jean-Paul Gaultier a troqué  sa marinière contre une sage veste noire.

Et, c’est précisément quand les idoles se sont ternies que l’actualité s’empare de cette dizaine de rayures sur fond blanc sous des prétextes aussi divers qu’anecdotiques. Elle serait fabriquée en France. Un ministre la recommanderait. Le coton en serait parfait et les rayures calculées au millimètre près.

Reste la question insoluble: peut-on porter la marinière ? Le problème ne tient pas à la mode: le vêtement est ancien, presque éculé et l’on ne pêchera pas en s’y risquant par excès de modernité. Il s’agira au contraire d’une marque de bon goût si ce n’est d’élégance. La question n’est pas religieuse non plus: cela fait bien longtemps qu’on ne prête plus aux costumes rayés une ascendance diabolique et, par haine de la superstition, les chats noirs sont aujourd’hui en France plus nombreux que tous les autres animaux de compagnie.

Lorsqu’elle est blanche et bleue, elle tend au conservatisme. On peut la préférer, pour des raisons qui font sens,  ou plus ou moins rouge ou verte ou encore inversée selon ce que l’on veut dire de soi. On peut la choisir vraiment égalitaire ou résolument écologiste, rebelle ou révolutionnaire.

Il n’empêche que la marinière a largement quitté les berges de Douarnenez et les rives de l’Aber Wrac’h. On la trouve davantage à Barbès, au carrefour des rues Marcadet et Ordener qu’en Bretagne ou à Versailles et c’est en marinière que l’on boit bien souvent son thé à la menthe. Une star de la cuisine marocaine, Choumicha, la porte dans ses périples mondiaux. Enfin détourné, le signe qui, pour des âmes sectaires, devait exclure certains les inclut. Et c’est ainsi que le détournement des symboles passe bien souvent celui des avions.

Les îles, l’asile, l’isolement

Isoler l’asile, la tentation est grande, car il y a dans ce terme « asile » l’idée de l’exception. L’asile d’aliénés est à l’écart du monde. De la villa du docteur Blanche à la Verrière, maison de santé des enseignants, les asiles ont toujours été excentrés, séparés, en vertu d’un principe prophylactique, des autres lieux d’accueil de la population.

L’asile a ainsi souvent été accordé en des lieux insulaires et à l’écart du monde. Napoléon à l’île d’Elbe ou à Sainte-Hélène et Louise Michel en Nouvelle Calédonie ont expérimenté cet isolement insulaire qui est moins que la mort mais pas vraiment la vie. L’asile est, pour celui qui l’accorde, une chance; il est un pis-aller pour celui qui le reçoit.

Or, parfois, le droit emprunte à d’autres disciplines des idées d’importance. Il en est de l’asile politique comme de l’asile d’aliénés. Le mot est le même d’abord. Ensuite, la distinction en droit est fondamentale: l’asile ne doit pas se confondre avec l’immigration. Alors que, régulièrement, les droits des immigrés économiques sont mis en cause par le discours politique, le régime des demandeurs d’asile est protégé au prétexte que l’un est politique quand l’autre n’est qu’économique. Le migrant, s’il est pauvre, chasseur de subventions présumé, ne peut, même pour les plus éclairés des juristes, être confondu avec celui qui quitterait son pays à la recherche de démocratie ou de liberté d’expression. Pour les plus libéraux, l’asile se devrait d’être isolé afin de permettre aux uns l’immigration quand les visas seraient refusés aux autres.

Néanmoins, bien souvent, en fait,  les migrations économiques et politiques peuvent être confondues. Il n’y a pas de raison d’isoler les unes des autres. Les raisons du départ sont multiples. Pourquoi quitte-t-on sa terre natale ? Qu’attendre de l’ailleurs ? Un homme qui quitte sa maison détruite par la guerre est un réfugié car il fuit la violence et un immigré économique parce qu’il a tout perdu. Un immigré qui quitte sa famille pour travailler dans une usine de nombreuses heures parce qu’il n’a pas d’emploi au pays est aussi une victime de la politique.

La distinction entre immigrés et exilés ne tient pas vraiment. Certes, elle permet d’organiser la pensée, d’inventer des catégories pour saisir un réel insaisissable pour celui qui ne quitte pas la terre où il est né. Mais les îles où l’on enferme l’asile sont bien souvent plus imaginaires que réelles: il faut plus d’une raison pour laisser derrière soi son passé.